La participation, une ambition sociale et morale gaullienne

La participation est un des thèmes essentiels de la pensée du général de Gaulle. C’est son ambition sociale et morale. Exprimée publiquement pour la première fois en 1941, celle-ci est néanmoins le fruit d’une longue maturation intellectuelle, nourrie de nombreuses influences, à commencer par le catholicisme social d’un Albert de Mun, mais également des théories des socialistes français non marxistes, tels que Fourier, Proudhon, ou encore Jaurès. Cette réflexion l’a conduit à vouloir explorer une troisième voie, entre les deux principales idéologies de son temps : le libéralisme et le communisme.

 

Un rejet du capitalisme et du communisme

Le premier reproche que De Gaulle a à leur faire, sans aucun doute le plus important, est celui de diviser la nation. Quand le capitalisme dresse les classes les unes contre les autres et menace ainsi la cohésion nationale, le communisme, lui, entretient la lutte de ces mêmes classes à son profit et rejette l’idée nationale au profit d’un internationalisme prolétarien. Au contraire, De Gaulle estime que la lutte des classes est un concept dépassé et néfaste, qui interdit l’harmonie du corps social.

En outre, il reproche au capitalisme de livrer l’Etat aux féodalités, aux puissances d’argent. De Gaulle abhorre ce système que ne profite qu’au petit nombre détenant les moyens de production au détriment de l’intérêt général. Ce capitalisme aliène les travailleurs et leur ôte toute dignité. Enfin, il reproche au capitalisme et au communisme de ne frayer que dans le champ balisé du matérialisme. S’il convient que le collectivisme que les marxistes lui opposent n’a pas à subir les féodalités, car flanqué d’un Etat fort, il lui reproche d’être omniprésent et bureaucratique. De plus, le collectivitisme nie l’initiative individuelle et menace les libertés.

 

La participation, troisième voie « entre les loups et les moutons »

De Gaulle leur oppose la participation, qui consiste en l’association des travailleurs à la marche de l’entreprise. Cela signifie que la participation est avant tout une remise en question du salariat (qui se caractérise par un lien de subordination entre l’employeur et le travailleur, ce dernier vendant sa force de travail au premier contre rémunération), tout autant que de la condition de prolétaire, qui ne fait qu’entretenir une stérile lutte des classes. La pensée participative est ainsi parfaitement résumée par René Capitant, qui écrira en 1964 que « dans la coopérative de production, la collectivité des travailleurs se confond avec la collectivité des employeurs, de telle sorte que chacun dépend en définitive de lui-même tout en se trouvant associé à une oeuvre collective ». Ainsi, la troisième voie a pour but de doter les « apporteurs de travail » de droits égaux à ceux des apporteurs de capitaux, et transformer les travailleurs en cogestionnaires et copropriétaires est leur ambition finale.

Les mérites d’une telle organisation du travail sont nombreux. D’une part, elle permet aux travailleurs d’allier à leur force productive leur sens des responsabilités. Le travailleur, propriétaire en partage des moyens de production, n’est en cela pas aliéné. Et bien que propriétaire, il est associé aux autres, de telle sorte que personne n’est écrasé. En outre, la participation, bien qu’elle exige une profonde transformation de la société, n’ôte pas aux travailleurs le goût de se battre, puisque celle-ci implique la participation, en plus des responsabilités, aux bénéfices et aux pertes éventuelles.

Dans l’esprit du Général, la participation, c’est également la sanction des puissances d’argent, qui président au destinées de la France et qui ont joué sa défaite, contrairement au peuple travailleur et patriote.

En sus de la dignité retrouvée et des féodalités brisées, la participation permet le maintien de l’unité de la nation. Le « capitalisme de papa » ayant vécu, il n’est plus question de lutte des classes, puisqu’il n’est plus question de classes. La communauté des prolétaires se confondra à la communauté des capitalistes. « L’esprit et le fait de l’association remplaceront peu à peu l’esprit et le fait de la lutte des classes », dira de Gaulle. L’harmonie sociale régnera à nouveau, à la division succédera l’unité.

Il va sans dire qu’une telle réforme ne peut aboutir du jour au lendemain. D’où l’importance du syndicat, qui doit passer de la contestation à la représentation véritable des travailleurs, et à la participation sereine et fructueuse.

 

La participation, un combat d’avant-garde

Si le Général a bien tenté de mettre en application sa pensée participative, on ne peut que constater son échec relatif, dû principalement à l’hostilité des « politichiens » de tous bords, y compris du sien, et des professionnels du syndicalisme (CGT et CNPF - ancêtre du Medef -, même combat !). Le 7 juin 1968, répondant à Michel Droit qui lui demandait pourquoi il n’avait pas accompli cette réforme plus tôt, le Général dira « qu’une pareille réforme, personne et moi non plus ne peut la faire tout seul. Il faut qu’elle soit suffisamment consentie et il faut que les circonstances s’y prêtent ».

Si le Général lui-même n’est pas parvenu à accomplir cette réforme, il peut sembler présomptueux de se demander si aujourd’hui elle est réalisable. Pourtant, le contexte a radicalement changé depuis les années 60. Il nous est autrement plus favorable. Le rôle de l’alternative officielle au capitalisme était alors préempté par le communisme, et le PCF était tout puissant. Aujourd’hui, il est à l’état de ruines, délaissé par les ouvriers, ne survivant que par le vote de bobos en mal d’excitations.

Mais la défaite du communisme ne devrait pas nous inciter à penser que le capitalisme a remporté la victoire définitive. Les années 90 ont sans doute pu être bercées par cette illusion, mais les différentes crises économiques et financières depuis nous ramènent à la réalité. En sus de constater l’impuissance du capitalisme à méconnaître les crises, et à se réformer, ses méfaits sont désormais connus de tout un chacun. Les dégâts environnementaux et l’esclavage humain que nous constatons par le biais des reportages audiovisuels depuis quelques années n’étant que la partie émergée de l’iceberg capitaliste. Incapable de se moraliser (le capitalisme n’obéissant pas aux contraintes métaphysiques, mais aux lois du Marché), privé d’adversaire, toutes les conditions sont donc favorables pour que la participation s’impose comme seule alternative sérieuse au capitalisme. La première voie laisse les plus faibles sur le bord de la route, la seconde est une impasse, alors osons la troisième voie. Et avec Bergson, faisons de cette phrase notre credo : « Il n’y a pas d’obstacles, que des volontés tendues ne puissent briser si elles s’y prennent à temps ».

 

Luc Bouchinet
Délégué Jeunes dans les Bouches-du-Rhône
Etudiant en Master 1 Droit public

 

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essai

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