Debout La République

Chine : l’Europe dindon de la farce

lundi 1er février 2010 à 15h40

L’Europe muette face aux excès de Pékin

L’économiste Rémi Bourgeot décrypte la politique commerciale offensive de la Chine qui mise sur des exportations massives pour doper sa croissance au risque d’une crise de suproduction. Face à cela, les dirigeants européens n’osent réclamer une vraie régulation des échanges internationaux.

L’année 2009 aura vu la Chine ravir à l’Allemagne son titre de « champion du monde des exportations » (comme on aimait à dire outre-Rhin). Cet exploit illustre évidemment l’ascension d’un pays qui s’extrait de la pauvreté de façon spectaculaire mais incite également à s’interroger sur la viabilité d’un mode de développement qui consiste notamment à exporter plus de 40% de sa production (en 2008 selon l’OMC, et bien plus encore avant la crise). Par ailleurs, devant l’ampleur des déséquilibres commerciaux qui en résultent et la désindustrialisation qui mine les économies occidentales, les dirigeants européens et américains ne trouvent pas mieux, pour l’instant, que de s’en remettre aux dirigeants chinois, en appelant à une réévaluation massive du yuan. Mais leur demande risque bel et bien de rester lettre-morte, laissant le problème entier. Pour nous faire une première idée très générale, imaginons simplement que la Chine exporte toujours 40% de son PIB mais qu’elle ait atteint le niveau de richesse de l’Allemagne (soit un PIB par habitant d’environ 35 000 $, en parité de pouvoir d’achat). Cela signifierait que la Chine exporterait pour environ 9 000 milliards de dollars par an, soit plus de cinq fois plus que l’Allemagne actuelle ! Il y a malheureusement très fort à parier que l’économie mondiale ait le plus grand mal à absorber les exportations de plus de cinq Allemagnes supplémentaires…

Une trop faible demande extérieure

Par ailleurs, on évoque à juste titre les débouchés offerts aux exportations chinoises à l’échelle régionale, notamment par l’instauration d’un régime de libre-échange avec les pays de l’ASEAN. Mais à ce jour, le PIB conjugué de tous les pays de l’organisation ne s’élèvent guère qu’à 1500 milliards de dollars, soit à peu près le PIB de l’Espagne.

La croissance chinoise ne pourra donc s’adosser éternellement à la demande extérieure pour la simple raison que « l’extérieur », le reste du monde vu comme source de débouchés commerciaux, est bien trop petit pour la population chinoise et sa croissance économique phénoménale.

Mais la question ne se pose pas qu’au futur. Dès maintenant, l’économie chinoise souffre d’un manque chronique de débouchés à sa production, si bien que la surcapacité affecte la plupart des secteurs industriels (conduisant notamment à la vente à perte sur les marchés internationaux).

Selon une étude menée par la Chambre européenne de commerce en Chine, le secteur de l’acier est passé d’une production de 280 millions de tonnes en 2004 à 534 en 2009 (soit la production combinée du Japon, des Etats-Unis, de la Russie et de l’Inde !) mais surtout son taux d’utilisation a chuté de 92% à seulement 72%.

L’industrie navale a une capacité de 66 millions de tonnes de port en lourd pour satisfaire une demande de moins de 40 millions, dont 70% à l’exportation. En ce qui concerne l’éolien, la capacité est passée de 1,4 gigawatts en 2006 et un taux d’utilisation de 100% à une capacité de 12 gigawatts en 2009 et une utilisation de seulement 70%. Et la situation est tout aussi marquée dans l’aluminium, le ciment, la chimie, le raffinage…

La crise mondiale est passée par là mais, au-delà, le problème de la surcapacité, qui est rémanent en Chine, provient de ce que la demande chinoise (et donc aussi la croissance) est gonflée par un surinvestissement spectaculaire (avec une croissance de l’investissement d’environ 20% par an depuis 2002).

Ce surinvestissement vient compenser la faiblesse relative de la demande des ménages, qui est limitée par un fort taux d’épargne et le fait que la distribution du revenu national se fait largement à son détriment. Comme le note notamment l’étude de la Chambre de commerce, sur la période 2002-2007, alors que la croissance du PIB était de 11%, celle des revenus des ménages plafonnait à 9%. Le revenu est largement capté par les entreprises dont l’épargne est passée de 12% du PIB en 2002 à plus de 28% en 2006. On retrouve ainsi, en bonne partie, les éléments qui ont fait trébucher le Japon, économie fort différente de la Chine mais également ultra-exportatrice.

Une croissance gonflée par le surinvestissement

Face à la crise et à la chute des exportations, la stratégie chinoise a été de substituer à la demande extérieure de la demande intérieure, mais essentiellement sous forme d’investissement. Or, la finalité de ces investissements supplémentaires est naturellement d’augmenter les capacités de production.

Pour combler ces capacités supplémentaires, il faudra plus de demande sous forme éventuellement d’investissements (si la demande extérieure et des ménages font défaut) et ainsi de suite. C’est-à-dire que la Chine est prise dans une spirale d’investissements. Au cours des neuf premiers mois de 2009, la contribution des exportations nettes à la croissance a été de -47%, celle de la consommation intérieure de +52% et celle de l’investissement de +95% !

Ainsi, la croissance chinoise a certes été, en 2009, une fois de plus spectaculaire mais très largement gonflée par le surinvestissement (surtout des entreprises publiques) provenant du plan de relance gouvernementale et de la spectaculaire explosion du crédit (également organisée par l’Etat).

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